Revoilà le directeur de l’hôpital de Twitter, pour sa super longue interview exclusive. Un odieux personne qui s’est présenté ici, nous a parlé de ses honteuses méthodes , avant de nous livrer son analyse sur le marigot hospitalier et le pseudonymat ici. Tant de perspicacité nous impressionne, nos questions affluent de plus belle. EPRDLover en plein déballage : 4e partie.

Tweeter sous pseudo, ça fait du bien finalement ou pas ?

Pas toujours. Comme on est supposés incarner le manque de moyens chronique de l’hôpital et le cynisme managérial à l’état pur, voire l’antéchrist en certaines circonstances, les attaques sur la profession peuvent être très violentes et on peut être tenté de les prendre personnellement. Faut aimer se faire traiter de collabo, de dictateur ou d’incompétent à une fréquence qui peut s’avérer irritante.

Surtout qu’on est une quinzaine d’administratifs pour répondre aux milliers de soignants et de patients de Twitter qui viennent nous engueuler, et qu’un hôpital c’est un petit peu compliqué qu’une simple question de moyens ou de dictature managériale. Il faut dire qu’on n’est pas aidés par certains hôpitaux qui nous mettent quand même bien la honte.

Même en 280 caractères on doit manier des concepts complexes et nuancés pour des gens qui préfèrent souvent que les choses soient simples et binaires. Un tweet indigné d’un soignant sur une pénurie de linge va être retweeté 1500 fois. Un thread sur les blanchisseries hospitalières ou le coulage de matériel tournera 70 fois au maximum. C’est le jeu, ça peut être frustrant.

Et puis il faut aimer se répéter. Par exemple j’essaye désespérément de programmer un bot qui me permettra d’économiser l’énergie passée à répondre à la redondante remarque « Le logement de fonction des directeurs est un odieux privilège » alors que j’ai déjà dit 3984 fois que c’était la rémunération des gardes administratives et que c’était pas toujours un cadeau.

Vue l’ambiance sur Twitter qui est parfois aussi tendue que celle des hôpitaux, parcourir ses mentions est une activité qui peut parfois exposer à l’ulcère, au séjour en salle de coronarographie, aux pulsions meurtrières ou plus simplement à l’envie de démissionner et de laisser ceux qui me prennent pour leur secrétaire ou leur prestataire de service se débrouiller avec le budget, les autorisations, la logistique, et se trouver un pigeon pour signer leur paye pendant que moi je pars prendre l’air dans un endroit frais et directeur-friendly comme ce goulag sympa en Sibérie duquel je reviens.

MAIS Twitter reste un endroit très enrichissant pour plein de raisons qui rééquilibrent la balance bénéfices-risques.

D’abord parce que c’est un endroit où on peut déconner, même si ça ne plaît pas à tout le monde. En effet, quand j’ai le seum après une dure journée employée à harceler des médecins et à supprimer des postes d’IDE et d’aides-soignants par dizaines, ma profession ne me permet pas de me recueillir devant de vilaines fresques à caractère sexuel pour décompresser et interroger le sens de la vie. Je suis donc d’autant plus content d’avoir Twitter pour pleurnicher et me défouler avec des gifs de distribution de coups de pelle, que j’y retrouve une chouette bande de potes avec qui on rigole bien.

Je leur dois un certain nombre de fou-rires et plein de trucs sympa. Il y en a qui m’envoient des dédi-plateaux-techniques ou des dédi-chirurgie en message privé, ces personnes savent ce que j’aime. J’ai vu que certains avaient signé une pétition pour exiger mon retour, je trouve ça tellement choupinou que j’ai presque envie de me faire greffer un cœur pour ressentir des émotions et leur faire des bisous.

De fait, la twittosphère du soin est particulièrement sympathique, parce que ce sont des personnes souvent engagées et passionnées par leur métier avec qui c’est très intéressant d’échanger, même si parfois on n’est pas d’accord et on s’insulte à coups de gifs passifs-agressifs. Ça fait vraiment du bien de lire toute une variété de professionnels engagés pour les soins de qualité qu’on veut tous. J’ai eu l’immense plaisir d’en rencontrer un certain nombre, administratifs ou soignants, qui sont toutes des personnes merveilleuses aussi bien sur le plan personnel que professionnel.

Et puis surtout Twitter c’est une mine d’informations en or massif. En plus de l’actualité et de la jurisprudence dans les domaines techniques qui sont les miens, j’ai appris énormément en médecine ou en soins infirmiers en lisant les threads et les conversations des soignants, dont certains prennent le temps de répondre à mes questions en message privé.

Comme je le disais c’est un peu la salle de pause des professionnels de santé, or tout manager sait que c’est en salle de pause qu’on récupère les informations de première bourre. C’est très enrichissant pour ma pratique de voir sur quels sujets s’engueulent ou se retrouvent les soignants, hospitaliers ou non, et quelles sont leurs difficultés, leurs besoins, leurs aspirations, leur perception de ce qu’on fait à l’hôpital ou des réformes De la même manière, c’est intéressant de lire les patients pour saisir les tendances générales de l' »expérience-client ». Bref, c’est un excellent moyen de voir comment ça se passe directement sur le terrain, chose qu’on n’a pas forcément le temps de faire dans la vraie vie.

Côté espionnage industriel, Twitter est aussi un bon outil de benchmarking pour voir ce qui se passe dans d’autres hôpitaux ou cliniques et leur piquer les bonnes idées. De toutes façons à la fin, …on est tous jaloux de l’hôpital de Thuir.

C’est quoi vos comptes twitter préférés ? Et bloquer c’est tromper ?

La distribution des médailles (et bien sûr des coups de pelle), c’est… au prochain épisode. Restez branchés on revient !