Après avoir compris qui est cet étrange directeur de l’hôpital de Twitter, entrons dans le cœur de son sujet : le prêche juridico-administratif dans l’étrange pays du twitterland médical. Terrain miné et parfum de gentiane, c’est la 2e partie de notre grande interview exclusive d’EPRD Lover.

Vous êtes un peu le prosélyte du droit hospitalier. Vous n’avez pas un peu l’impression de prêcher dans le désert ?

Effectivement, j’ai parfois l’impression d’avoir plus contribué à populariser l’apéritif à base de gentiane que le caractère subtilement sexy des Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens ou du décret du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics.

Au delà du droit hospitalier, j’essaye surtout d’expliquer en quoi consiste mon job et celui de mes équipes, et particulièrement le fait qu’on opère à l’échelle d’établissements qui regroupent souvent plusieurs sites et plusieurs centaines de lits inscrits dans un truc qu’on appelle le territoire, à des individus qui voient l’hôpital à l’échelle de leur service de soin ou de leur chambre double.

Mais j’ai remarqué que dans ma classe dissipée de quelques milliers de gentils followers, il y en a au moins 5 ou 6 qui suivent, entre deux sarbacanes à Haldol, et qui en plus prennent la peine de me le dire, donc ça veut dire que ça vaut le coup même si niveau efficience ce n’est pas vraiment dans les clous de l’ANAP. Question prêche dans le désert, je ne suis pas encore au niveau de ceux qui passent leurs journées à essayer d’éduquer des antivaxx ou des fanatiques des fakemed.

Et puis j’ai déjà réussi à faire dire à des soignants « les dirlos sont sympa« , je considère donc que le job d’infiltration des esprits est fait.

Les médecins de Twitter vous adorent, quel est votre secret ?

C’est faux, il y en a plein qui me détestent parce que vu mon métier, je ne peux qu’être une ordure finie et ces gens là ont des principes. Et comme je suis dans l’incapacité de comprendre leur Art et leur Sacerdoce, ça ne sert à rien de discuter avec moi.

Sinon pour mettre les hospitaliers dans ma poche, j’ai tout misé sur le syndrome de Stockholm en déployant une odieuse stratégie basée sur les gifs avec des pizzas. Pour les médecins de ville j’ai joué avec l’effet de surprise, vu que c’était la première fois que quelqu’un de l’hôpital leur adressait la parole.

Je n’ai pas d’autres explications. A part peut-être cette très facile démagogie que permet l’usage du pseudonymat : on sait tous que c’est beaucoup plus facile d’avoir l’air sympa sous pseudo sur Twitter que dans la vraie vie, parce que la réalité n’est pas un truc sympa.

Et dans la vraie vie les directeurs ils sont tous sympas alors ?

 

Douloureuse question, que nous aborderons la semaine prochaine, en guise d‘épisode 3.