Bruno Gallet est un directeur … coopérant ! Auteur de deux ouvrages sur les modèles de coopération entre établissements et acteurs de santé, il nous parle de son parcours, ses centres d’intérêts, et particulier celui qui est central dans le monde hospitalier aujourd’hui : comment mieux travailler ensemble.

Quand et pourquoi avez-vous décidé de devenir Directeur d’Hôpital ?

Assez vite en fait, alors qu’à l’époque, j’avais une idée assez floue de ce métier. J’ai commencé des études de droit après le BAC. Mon orientation vers le droit public m’a amené rapidement à m’intéresser aux concours administratifs. Après un DEA d’administration publique à Lyon 2, j’ai tenté une première fois le concours en 2000. J’ai alors échoué mais j’ai eu celui qu’on appelait à l’époque directeur d’établissement sanitaire et social. Après trois d’exercice professionnel au centre hospitalier de Rumilly, en Haute-Savoie, j’ai à nouveau tenté ma chance. Ce deuxième essai a été concluant !

Ce métier m’a toujours intéressé car il permet d’avoir un exercice professionnel dans des structures qui n’ont pas la pesanteur des administrations centrales. Même si notre environnement juridique est contraignant, il est possible de prendre une décision et de la mettre en œuvre assez rapidement. C’est un donc un métier de terrain, assez prenant mais souvent exaltant, qui concilie valeurs de service public et souci de pragmatisme. Son cœur d’activité, le soin et l’accompagnement de la personne, lui donne une certaine noblesse. 

Pourquoi vous êtes vous intéressé aux coopérations ?

Lorsqu’on examine la succession de lois relatives à la santé ou à la protection sociale, il apparaît que c’est une thématique importante des différentes réformes portées par les pouvoirs publics. Cela met en évidence une des caractéristiques fortes du monde de la santé et du médico-social : on ne pilote pas ce secteur d’activité et ses acteurs par des moyens autoritaires. Il faut convaincre, accompagner et organiser pour pouvoir construire.

Le fait d’avoir d’abord travaillé dans un établissement satellite des structures disposant d’un plateau technique, avec une large part de son activité relevant du médico-social, m’a fait prendre conscience de l’importance de nouer des partenariats institutionnels. Ceux-ci peuvent constituer à la fois des pistes d’efficience et également une vraie plus-value dans la prise en charge des patients.

Le hasard des dossiers qui m’ont été attribués a aussi beaucoup compté.

J’ai eu au cours de mes premières expériences professionnelles à développer la coordination gérontologique dans le Beaujolais et l’Albanais puis, lors de mon stage d’élève-directeur, à réaliser un audit organisationnel et financier d’un groupement de coopération sanitaire constitué par l’hôpital d’Annecy et deux cliniques à but lucratif environnantes. Au travers de ces expériences, j’ai découvert un sujet riche, à la fois technique et complexe, mais demandant aussi des bonnes capacités de négociation et de l’imagination. Cela m’a conduit à écrire deux ouvrages sur les coopérations en santé, le premier paru en octobre 2011 et

le deuxième, qui vient de paraître aux Presses de l’EHESP.

Ouvrage Gallet Coopérations EHESP

Quels sont vos deux ou trois dossiers emblématiques qui vous tiennent à cœur ?

J’ai pendant plusieurs années été en charge des travaux, dans différentes structures. Cela m’a laissé des souvenirs très marquants. Le pilotage des travaux demande avant tout de savoir dialoguer avec les utilisateurs, médecins et cadres-soignants. En cela, j’ai beaucoup appris sur le fonctionnement des hôpitaux et ses points sensibles. Du fait de leur complexité technique et juridique, les constructions sont également de formidables aventures. Je garde une empreinte très forte de la restructuration et de l’extension du bâtiment de chirurgie de l’hôpital Simone Veil (Eaubonne-Montmorency). L’opération, qui devait contenir le nouvel accueil de l’hôpital, ses consultations, ses urgences ainsi que l’ensemble de son plateau technique, avait démarré en 2001 mais avait été bloquée pour des problèmes de phasage des travaux et de majoration des coûts. Le fait que me soit confiée la responsabilité de l’opération en 2009 a été un challenge important, avec des vraies …sueurs froides mais un résultat positif pour le bien des patients et des professionnels qui les prennent en charge !

J’ai été aussi beaucoup enthousiasmé par le pilotage des fonctions logistiques. Pour ces secteurs, l’enjeu de la modernisation est permanent, du fait des mises en conformité récurrentes. Il nécessite d’être créatif pour identifier des gains en termes de coût, eu égard à l’importance économique de ces secteurs. Mes différentes expériences m’ont amené tout à la fois à développer une prestation de restauration pour une crèche et un service de portage de repas à domicile au bénéfice de personnes âgées, à organiser les transports de produits cytotoxiques, ou à réinternaliser la fonction reprographie. La dynamique des fonctions supports est une dimension finalement mal connue de la profession, alors qu’elle constitue un axe majeur de réorganisation des hôpitaux. C’est en train de changer avec les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT).

Un de mes dossiers les plus attachants a été d’organiser les Olympiades des personnes âgées. Chaque année en Haute-Savoie, un EHPAD prenait la responsabilité d’organiser des jeux olympiques adaptés aux personnes hébergées en institution. Ce projet était en partie financé par le Conseil Départemental mais il fallait solliciter les mutuelles et complémentaires santé, seule façon de boucler le budget de cette manifestation très attendue des résidents.

Le plaisir visible des résidents à participer à cette journée m’a rappelé une chose essentielle : au-delà des contraintes de gestion, nous devons, en tant que directeurs, toujours garder en tête le sens de notre action, et ce pour quoi nous œuvrons !