Ex-championne du monde de Savate boxe française, Marlène a eu très tôt le « coup de coeur » pour les personnes âgées. Directrice adjointe au CHU de Nantes, elle met désormais ses passions et sa combativité au service du monde hospitalier. 

Quand et pourquoi avoir décidé de devenir directrice en hôpital ?

Un bac L option théâtre en poche, je me suis lancée dans des études de droit et de sciences politiques. En master de droit public, je ne me destinais pas aux professions d’avocate ou de magistrate mais j’optai pour les concours de la fonction publique et j’intégrai une prépa à l’IEP de Strasbourg.

Parallèlement aux études, chaque été, je travaillais comme agent d’entretien dans une maison de retraite à Vichy. C’est là que j’ai découvert le public âgé. Un vrai coup de cœur. Je passais toutes mes pauses avec les résidents ! On jouait aux dames, on parlait de la guerre, de leur vie… J’étais conquise par l’ambiance chaleureuse que le directeur de l’époque insufflait dans  l’établissement.

Alors, lorsqu’on nous a présenté l’EHESP en prépa… J’ai su que c’était l’école à laquelle j’aspirais depuis longtemps !

Ce qui est drôle c’est que mon père était conseiller musique et danse au ministère de la culture et ma mère infirmière… Sans le vouloir, j’ai l’impression que mon poste est une fusion des leurs : un poste à responsabilité, dans la fonction publique hospitalière.

Qu’appréciez-vous le plus dans ce métier ?

D’aucuns trouveront la réponse « bateau » mais ce qui me vient immédiatement à l’esprit, c’est l’humain. C’est un métier qui fait appel au management, à la stratégie, aux chiffres, pourtant, on en revient toujours à l’essence de notre métier : l’autre. L’autre c’est le patient, le résident, mais également le professionnel soignant, administratif, technique que l’on côtoie au quotidien.

On vit dans une société où on s’interroge de plus en plus sur le sens que l’on veut trouver et souhaite donner à son travail. Pour faire un parallèle, je remarque que de plus en plus de jeunes diplômés en communication préfèrent aller travailler dans une institution qui affiche ses valeurs plutôt que de rejoindre une agence de communication.

Quels sont vos deux/trois dossiers emblématiques, qui vous tiennent à cœur ?

Seulement deux ou trois ? Ce n’est pas négociable… ?

Bon alors en voici un. Il s’agit de l’expérimentation « Coordination parcours patient » mise en place pendant 3 ans au CHU de Nantes, qui fut un de mes dossier phare. Lors de sa conception, ce projet a pris en compte des éléments clés du paysage hospitalier : le virage ambulatoire, la construction du nouvel hôpital sur l’île de Nantes et le vieillissement de la population. L’objectif était de repérer les situations complexes de personnes âgées de plus de 70 ans dans l’hôpital. Ensuite nous mettions à disposition des équipes un coordinateur qui facilitait la sortie du patient et prévenait la réhospitalisation grâce à un suivi à domicile qui durait 3 à 6 mois. Le protocole de recherche associé à l’expérimentation a démontré une baisse des réhospitalisations, un meilleur ressenti de l’état de santé de la personne âgé et un gain financier pour l’assurance maladie. L’objectif serait que l’assurance maladie finance ce genre de postes hybrides au sein des hôpitaux.

En voici un deuxième. Je suis une ancienne sportive de haut niveau et membre actif de la Fédération française de Savate boxe française. J’ai tenu à faire un pont entre ma passion et l’hôpital. Entourée par les professionnels du CHU et des membres de la fédération, nous avons mis en place, chaque semaine, des cours de savate boxe française auprès de blessés médullaires. C’est une monitrice de Savate boxe française, également infirmière du CHU, qui dispense les cours. Les patients attendent impatiemment ces séances qui contribuent à l’estime d’eux-mêmes et jouent sur leur confiance. C’est une expérience qui pourrait s’étendre à d’autres services de médecine physique et de réadaptation en France.

Continuant dans cette lancée, récemment, nous avons créé un partenariat avec le Centre Barbara du CHU. Un moniteur de Savate boxe française est intervenu auprès d’un public anorexique et addict aux jeux vidéo. L’évaluation de ces interventions a montré une réelle plus-value dans l’accompagnement et d’excellents retours des patientes et des soignants.

Je finirais sur un troisième dossier, qui est en cours : il s’agit de fluidifier les parcours des personnes âgées au sein du groupement hospitalier de territoire de Loire-Atlantique, le GHT44. Je suis pleinement investie dans ce projet, pour le bien-être des patients comme des équipes, et j’y crois !

 

Pour en savoir plus : Marlène Cieslik, du ring aux blouses blanches, Les Echos 2 août 2017