Aude Kempf est directrice d’hôpital à l’hôpital Robert Debré, diplômée en Economie et Affaires publiques mais aussi en Ethique de la Santé, du soin et de l’institution hospitalière. Un parcours riche de rencontres, comme autant de belles occasions de dépasser les corporatismes.

Pourquoi avoir décidé de devenir directrice d’hôpital ?

Etudiante à Sciences po Paris en master « Affaires publiques » puis en Prépa concours, j’ai découvert, par une amie, le concours de l’EHESP pour qui il s’agissait du concours le plus intéressant.

Me destinant au service public et attirée par les questions sociales depuis ma khâgne B/L, j’ai rapidement trouvé dans la profession un lieu d’engagement privilégié. J’ai apprécié sans tarder l’exigence de la précision de l’action, alliée à la nécessité de la repenser en permanence pour s’adapter aux évolutions des besoins de santé publique, aux exigences du « juste soin », à l’évolution des techniques.

J’ai surtout été nourrie des rencontres avec des professionnels pleins d’humanité, soucieux d’accompagner, en toutes circonstances, leurs patients ou leurs équipes.

Qu’appréciez-vous le plus dans ce métier ?

Formée à la philosophie et aux sociales sociales avant de passer le concours de directeur d’hôpital, j’ai souhaité me former à l’éthique des soins, convaincue que l’éthique à l’hôpital ne pouvait se réduire à la bioéthique, logiquement prédominante. Les évolutions technologiques, couplées aux contraintes économiques, me semblaient appeler une réflexion éthique plus large que les questions, certes, éminentes qui constituaient jadis l’essentiel de la réflexion éthique hospitalière.  J’ai mobilisé l’expérience acquises dans mes différents postes en essayant de leur donner une profondeurs réflexive, ce qui m’a conduite à travailler l’éthique du management et l’éthique des finances hospitalières. J’interviens régulièrement dans des formations et des colloques thématiques. Ces travaux constituent des occasions privilégiées pour nouer avec le corps médical et soignant des liens plus étroits, ancrés une identité commune d' »artisans du soin » au sens large.

Un ou des dossiers emblématiques ?

Dans le cadre de responsabilités comme directrice des systèmes d’information et d’organisation d’un des CHU où j’ai travaillé, j’ai été conduite à travailler au déploiement d’un nouveau système d’information de soins. J’ai apprécié de coupler cette démarche opérationnelle complexe à une prise de recul plus conceptuelle, qui m’a conduit à publier un article scientifique sur les aspects éthiques de la mise en place d’outils informatiques « experts » d’aide à la décision médicale.

J’apprécie aussi beaucoup les rencontres qui se nouent à l’occasion d’interventions ou de cours sur l’éthique du management. Ce sont des moments précieux pour dépasser les postures corporatistes et les stéréotypes sur les directeurs uniquement focalisés sur l’optimisation des processus et des coûts, quel qu’en soit le prix humain.