Peut-on se satisfaire d’un hôpital hyper genré ? Que peuvent faire les cadres dirigeants hospitaliers pour y remédier ? Interview collective de Marie BOYER, Julie CHARTIER, Charlotte CLEMENT, Quentin HUBY, Estelle LUCAS, Marie-Liesse LEFRANC et Louise PIHOUEE, sept élèves directeurs et directrices d’hôpital, sept voix engagées avec force pour l’égalité et la mixité. 

Pourquoi avoir choisi ce métier de directeur.rice d’hôpital ?

Pour nous, sept élèves directrices et directeurs d’hôpital de la promotion Hippocrate (2016-2017), choisir le métier de directeur.rice d’hôpital, c’est répondre à plusieurs aspirations :

  • L’envie d’occuper une position de décideur public œuvrant dans l’intérêt général ;
  • Le désir de se sentir socialement utile par l’exercice de missions concrètes sur le terrain, au plus proche du citoyen ;
  • L’attachement à l’égal accès de tous à un service public de santé de qualité ;
  • L’enthousiasme pour le management.

C’est précisément notre réflexion sur le management qui nous a amenés à choisir l’égalité femmes-hommes comme thème de la conférence que nous avons organisée en octobre 2016 à l’EHESP. En résonance avec notre nom de promotion, Hippocrate, nous avons eu à cœur de parler d’égalité dans notre propre corps, mais aussi dans les autres familles professionnelles de l’hôpital.

Qu’appréciez-vous le plus dans cette formation ?

La formation de 24 mois à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) est l’occasion de construire sa vision du métier et de l’engagement qu’il représente. C’est un temps d’échanges et de réflexion entre les élèves toutes filières confondues d’une part, et entre les élèves et professionnels de santé d’autre part. Ainsi, ouverte au grand public, notre conférence sur l’égalité professionnelle femmes-hommes à l’hôpital s’est révélée être une plateforme pour l’échange d’expériences reposant sur des exemples concrets.

Au-delà du partage d’expériences au sein des murs de l’Ecole, nous apprécions tout particulièrement les différents stages proposés. En effet, ces stages sont l’occasion d’acquérir des compétences managériales et de développer des qualités personnelles d’aptitude à l’écoute.

Vos ambitions pour l’hôpital de demain ?

Dans l’immédiat, le plus important pour nous est de construire notre légitimité. Nous allons mettre toute notre énergie dans notre futur métier mais aussi, nous l’espérons, réussir à mobiliser celle de nos collaborateurs. Par ailleurs, certains d’entre souhaitent acquérir rapidement une forte technicité.

Nos ambitions pour l’hôpital de demain s’inscrivent dans la continuité et la rupture.

Continuité dans la poursuite des projets sur le terrain aux côtés de directeurs plus expérimentés, à cet égard, le maître mot, c’est le compagnonnage.

Rupture car les innovations ne manquent pas dans le domaine de la santé. Le patient sera notamment de plus en plus cerné par le numérique. Outre l’expansion de la chirurgie ambulatoire, les malades chroniques, touchés par un cancer, notamment, pourront être suivis à distance grâce aux outils connectés et bénéficier de la télémédecine.

Dans un contexte budgétaire contraint, le rôle du directeur d’hôpital dans la conduite du changement au sein de ces organisations qualifiées de « pluralistes », constitue un défi : le directeur doit être à la fois visionnaire et ancré dans le quotidien de l’hôpital.

Dans ce cadre, l’égalité femmes-hommes et la mixité des métiers sont appelées à devenir un outil de stratégie et de performance au sein des organisations. L’hôpital a, en effet, intérêt à repérer tous les talents et les faire grandir pour mettre les meilleures personnes aux différents postes. C’est pourquoi, suite à la conférence sur l’égalité professionnelle à l’hôpital que nous avons organisée le 27 octobre 2016 à l’EHESP, nous avons souhaité comprendre, discuter et approfondir cette question. C’est dans un désir d’échange que nous avons lancé, à l’occasion de la publication de notre Tribune le 23 février dernier, une plateforme de propositions concrètes.