Marc Pentecouteau a commencé sa carrière comme infirmier. Il est désormais, à 43 ans, coordonnateur des instituts de formations en soins infirmiers et aides-soignants du Centre Hospitalier Simone Veil de Blois, dans le Loir et Cher. Un directeur des soins qui attend avant tout, de la part du directeur d’hôpital, une clarté et un soutien.

Pouvez-vous expliquer les relations de travail entre le directeur des soins et le directeur de l’hôpital ?

Les relations de travail sont, à mon avis,  nécessairement particulières et privilégiées  entre le directeur d’hôpital et le directeur des soins puisque le directeur des soins est le seul « soignant » membre de l’équipe de direction. Son regard pluriel (de directeur et de soignant) lui permet d’assurer ses missions dans une dynamique stratégique, de coordination et opérationnelle.

Les relations de travail du directeur des soins ne se limitent pas au directeur de l’hôpital mais concernent aussi les autres directeurs adjoints (notamment le directeur des ressources humaines, le directeur des services financiers…) sans oublier les cadres supérieurs de santé et les cadres de santé qui sont ses collaborateurs au quotidien dans la prise en soins des patients ou dans la formation des étudiants.

Le directeur des soins est en quelque sorte un conseiller expert pour le directeur d’hôpital sur tout ce qui concerne l’organisation, la qualité, la gestion des risques, la sécurité des soins mais aussi au sens plus large la prise en charge des patients à travers  leur parcours de soins au sein du territoire.

 

Comment a évolué l’image que vous vous faisiez de ce métier et des gens qui l’exercent, et que pensez-vous du « couple » médecin-directeur ?

Concernant l’évolution du métier de directeur d’hôpital, j’ai pu remarquer, au contact des directeurs d’hôpitaux, 4 évolutions notables :

Tout d’abord, un élargissement du périmètre du champ d’exercice du directeur d’hôpital (notamment en lien avec la mise en place des groupent hospitaliers de territoire) avec des responsabilités croissantes et un temps qui s’accélère ! Tout va très vite, l’immédiateté est omniprésente dans la gestion des dossiers…

Pour poursuivre, la pression financière (notamment en lien avec la baisse des tarifs, les plans de retour à l’équilibre…) conjuguée aux injonctions paradoxales des pouvoirs publics durcit les conditions d’exercice.

Par ailleurs, j’ai pu noter que les parcours professionnels de ceux qui deviennent directeur d’hôpital se sont diversifiés et enrichis.

Pour finir, je trouve que de nombreux directeurs ont pris le virage numérique et communiquent sur les réseaux sociaux ; cela permet de relayer une communication positive de l’établissement auprès des usagers connectés ! Cela sécurise aussi les conditions d’exercice des collaborateurs du directeur d’hôpital (adjoints …) à travers une communication (sms, mail) souvent directe et fluide ; c’est en tous cas ce que je constate dans mon affectation actuelle.

Concernant l’évolution du métier de directeur des soins, Il est vrai que les domaines d’intervention des directeurs des soins sont multiples tant du point de vue de la nature des établissements où ils exercent (CH, CHR, CHU, CH Local, EHPAD, EPSM …) que des types d’instituts qu’ils dirigent (IFSI, IFAS, IFA, IFCS, IFMK, EIBODE, EIADE,….) sans oublier des exercices en administration ou en organismes extérieurs (ARS, Ministère, EHESP…).

Je suis assez inquiet pour l’avenir du métier de directeur des soins car force est de constater que malgré un accroissement des responsabilités sous les effets conjugués des diminutions des effectifs de DS et  des transformations dans les établissements (périmètres géographiques des directions communes et des GHT, périmètres fonctionnels au sein des équipes de direction…), ce métier reste peu valorisé et peu reconnu engendrant une moindre attractivité  pour les  potentiels candidats au concours national.

Par ailleurs, en réponse à votre dernière question, je parlerai davantage d’un trinôme Directeur d’hôpital – Président de CME – Directeur des soins que d’un couple médecin-directeur et je suis convaincu que l’entente de ce trinôme est primordiale pour une gouvernance efficace de l’établissement de santé. Chacun apporte sa vision et son expérience dans un esprit collaboratif.

Quelles sont vos attentes à l’égard d’un DH ?

J’ai eu la chance, et c’est d’ailleurs le cas aujourd’hui, de collaborer avec des directeurs d’hôpitaux qui m’ont fait confiance, qui m’ont confié des projets intéressants et qui m’ont laissé l’autonomie suffisante pour les mener tout en m’accompagnant dans ces différentes missions.

J’attends du directeur d’hôpital qu’il fixe le cap, qu’il donne de la lisibilité aux orientations stratégiques proposées et qu’il apporte une certaine fluidité aux organisations pour leur permettre de s’adapter rapidement aux besoins des usagers tout en garantissant inlassablement qualité et sécurité des soins.

J’attends aussi de lui qu’il soutienne ses collaborateurs et qu’il impulse une dynamique au sein de l’équipe de direction pour permettre cohésion des acteurs et synergie des projets.

Pour finir, je pense que les managers de demain devront nécessairement, encore plus qu’aujourd’hui, prendre soin de leurs agents, de leurs collaborateurs et faire preuve d’un management bienveillant. La qualité de vie au travail devient un élément incontournable pour que chacun exerce sereinement et efficacement sa fonction au sein de son établissement et/ou du territoire de santé.