Aide-soignante à 19 ans, Fabienne Guichard est aujourd’hui directrice d’hôpital et également « médiatrice professionnelle ». Un apprentissage permanent pour cette directrice qui promeut des échanges entre l’hôpital et son environnement, et qui croit au dépassement des conflits.

Pourquoi et quand avoir décidé de devenir directrice d’hôpital ?

Maman très jeune, j’ai interrompu mes études pour élever mes enfants. J’ai commencé à travailler à l’âge de 19 ans en qualité de faisant fonction d’aide-soignante dans un centre de cure médicale. La découverte du milieu soignant a été une révélation pour moi. Le métier d’aide-soignante est à mon sens très épanouissant professionnellement, enrichissant sur le plan personnel et très valorisant. Quel plus beau retour sur investissement qu’un patient qui vous accueille en vous disant que vous êtes son rayon de soleil.

J’ai ensuite intégré un petit hôpital local au sein duquel j’ai fait des remplacements continus d’agent de service hospitalier et j’ai repris en parallèle mes études par correspondance. Après avoir obtenu l’équivalent du baccalauréat, le chef d’établissement m’a proposé d’effectuer un remplacement au bureau des entrées. J’ai ainsi découvert l’univers administratif de l’hôpital et, alors que j’envisageais un parcours d’infirmière pour rester dans le champ du soin, j’ai pris conscience que le travail administratif dans un service public hospitalier répondait pleinement à mes aspirations et à mon désir d’apprendre et de m’enrichir de toute expérience. J’ai également compris que je pouvais continuer à œuvrer pour l’amélioration continue du service public hospitalier à un autre niveau.

J’ai rapidement évolué sur différents postes administratifs et j’ai entrepris à un cursus d’études de droit en cours du soir. J’ai eu la chance de travailler avec plusieurs directeurs d’hôpital qui m’ont tous encouragée à préparer le concours de DH, ce que j’ai fait en 2004-2005, par correspondance pour continuer à travailler en parallèle. J’ai été reçue au concours national d’attachée d’administration hospitalière et de directeur d’hôpital en 2005.

Issue du concours interne, je reste très attachée à l’hôpital public et aux valeurs du service public. Mon parcours reflète l’envie d’apprendre, de m’adapter, d’évoluer et d’apporter ce que je crois être le meilleur aux organisations hospitalières, le tout dans le cadre d’une vision prospective pour l’établissement, dans l’optique d’une qualité et d’une sécurité des soins renforcée pour les patients et résidents que nous accueillons, en portant une attention particulière à la qualité de vie au travail des professionnels, en travaillant en équipe et en respectant les contraintes qui s’imposent à l’hôpital.

Qu’appréciez-vous le plus dans ce métier ?

Sans aucun doute les rapports humains et le travail en équipe, en multidisciplinarité.

L’hôpital est un univers complexe qui a ses propres codes, ce qui le rend passionnant. Il est composé de plusieurs « microcosmes » : médical, paramédical, syndical, administratif, logistique, médico-technique, politique, auxquels s’ajoutent bien entendu les usagers et les nombreux partenaires associatifs et libéraux. Il convient donc d’adopter un mode de communication compréhensible par tous et d’être à l’écoute. La richesse de ces échanges permet une meilleure compréhension des enjeux stratégiques de l’établissement, des groupements hospitaliers de territoire et cela contribue à faciliter la conduite du changement.

Un directeur d’hôpital ne peut rien s’il agit seul. La complexité des réformes qui se succèdent nécessite un accompagnement permanent auprès des professionnels, des usagers et de leurs représentants ainsi que de nos partenaires. Il convient d’être à la fois manager, stratège, doté d’un sens très développé de la communication et d’ouverture d’esprit. Ce sont ces aspects que j’apprécie le plus dans mon métier.

Quels sont vos sujets préférés ?

Je détaillerais trois grands domaines qui me sont chers.

  1. Promouvoir la place de l’hôpital public dans son environnement.

A ce titre, j’ai confié une étude d’impact économique à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Limoges et nous venons de publier conjointement les résultats de cette analyse. infographie hôpital St YrieixC’est un excellent moyen de démontrer le rôle économique majeur d’un Centre Hospitalier dans son territoire. A ce jour, le Centre hospitalier de Saint Yrieix est le 3e à réaliser cette étude après le CHU de Nice et le CHU de Limoges.

Ce type de démarche présente de multiples avantages :

  • Une opération de marketing pour valoriser le rôle d’un établissement hospitalier et renforcer son rayonnement
  • Un outil de mesure des services rendus à la population
  • Un formidable retour auprès des équipes hospitalières qui voient, à travers les résultats de cette étude, combien leur implication au quotidien peut avoir des répercussions sur leur bassin de vie ; cela ne peut que contribuer au renforcement du sentiment d’appartenance à l’établissement et à la fierté de travailler à l’hôpital. C’est donc un outil propice à l’attractivité.
  • Une valorisation pointue de l’impact sur les acteurs économiques locaux (à titre d’exemple, les usagers du CH injectent plus de 1.15 million d’euros chez les commerçants locaux à l’occasion de leur venue dans l’établissement)
  • Un partenariat efficace avec la CCI
  • Un apport précieux pour la municipalité et pour la communauté de communes qui vont pouvoir exploiter ces résultats pour la promotion de leur territoire.

2. Œuvrer pour le renforcement de l’offre de soins de proximité de 1er recours

Le développement des partenariats avec les centres hospitaliers du territoire ainsi qu’avec les partenaires tels que la Mutualité Française, la Fondation John Bost et l’ALURAD sont autant d’atouts pour renforcer une offre de soins de qualité par un meilleur maillage du territoire. Nous travaillons à la constitution d’un pôle de santé commun à proximité immédiate du Centre Hospitalier. Ce pôle de santé regroupera les professionnels hospitaliers mais également des professionnels libéraux et associatifs. Il s’agit de démontrer ici un adage bien connu : « l’union fait la force ».

Les travaux conduits dans le cadre du projet médical partagé du groupement hospitalier de territoire du Limousin vont également dans le sens d’un renforcement des filières de soins gradués qui repositionnent bien chacun des établissements dans son rôle.

3. Renforcer la qualité de vie au travail en développant la qualité relationnelle

Le récent rapport publié par l’IGAS sur les risques psycho-sociaux des personnels médicaux a conduit notre ministre de la santé à nommer un médiateur national. Des médiateurs régionaux doivent également être désignés par les DGARS en lien avec le CNG.

Convaincue de l’intérêt d’œuvrer pour l’amélioration de la qualité relationnelle dans les relations professionnelles à l’hôpital, je me suis formée à la médiation professionnelle en 2013. J’assure, depuis cette date, des formations à la médiation auprès du Centre National d’Expertise Hospitalière. J’ai également formulé des propositions pour la mise en place d’un médiateur régional à l’ARS Nouvelle Aquitaine ainsi qu’à Monsieur Edouard Couty, médiateur national.

De nombreux outils existent en matière de médiation professionnelle. Tous contribuent activement à l’amélioration notable des relations de travail, notamment en matière managériale. A titre d’exemple, la mise en place d’un dispositif interne de médiation professionnelle induit rapidement une forte diminution des conflits (donc une forte baisse du nombre de médiations réalisées) au profit d’une forte augmentation d’entretiens individuels en qualité relationnelle. La baisse du taux d’absentéisme confirme les nombreux avantages de cette approche.