Emmanuelle Quillet dirige l’ANFH, l’organisme qui collecte et gère les fonds consacrés à la formation des 900 000 agents de la fonction publique hospitalière, un budget d’environ 800 millions d’euros par an. Une directrice entièrement consacrée aux ressources humaines hospitalières et qui bien, qu’à l’extérieur de l’hôpital, s’en sent totalement partie prenante. 

Votre parcours « hors hôpital » en quelques mots ?

J’ai commencé à l’hôpital, comme tout le monde. 6 belles années formatrices au Centre Hospitalier d’Argenteuil (1992 – 1998). J’ai eu tout autant de plaisir quelques années plus tard  à diriger le centre hospitalier de Rambouillet pendant 5 ans, à partir de 2004.

Hors hôpital, j’ai d’abord travaillé 6 années à la FHF (1998 – 2004) sur le secteur Ressources Humaines, puis 2 ans à la DGOS (2009- 2011) en tant que sous-directrice des ressources humaines du système de santé, et enfin depuis 2011 je dirige l’ANFH… ces trois postes m’ont donc permis en réalité d’approfondir toutes les facettes de mon domaine de prédilection que sont les ressources humaines dans la santé et particulièrement dans la fonction publique hospitalière.

Pourquoi avoir choisi ces postes hors de l’hôpital ?

Je ne me suis pas posé la question en ces termes, parce que je me suis en réalité très peu éloignée. Mes choix ne m’ont occasionné aucune réflexion existentielle ! Comme souvent, cela s’est fait au travers de rencontres et d’opportunités. Je travaille aujourd’hui avec des interlocuteurs que j’ai rencontrés à la FHF, puis retrouvés à la DGOS, et maintenant à l’ANFH…

Je pense que j’aurais eu du mal à sortir vraiment de mon milieu professionnel. « Directeur d’Hôpital », c’est une identité professionnelle assez forte, encore renforcée par les liens et l’esprit de corps qui caractérisent la profession.  D’ailleurs, lorsqu’on me demande mon métier, je réponds toujours « directeur d’hôpital »… Ce qui m’amène immanquablement à me lancer dans de grandes explications lorsque vient la question d’après :

« ah oui, quel hôpital ? »

Le milieu hospitalier, qui est riche d’initiatives, de réflexions et de collectifs,  a de nombreuses ramifications et j’en ai exploré quelques-unes : ces « allers-retours » avec l’hôpital sont de mon point de vue à la fois enrichissants et ressourçants.

En quoi cette expérience diffère-t-elle d’une expérience hospitalière ?

C’est assez proche par les compétences qu’il faut mobiliser, mais très différent au quotidien.

C’est moins concret, mais plus large. J’aime bien avoir une approche nationale des questions : intellectuellement c’est stimulant. On approche des situations très variées, des interlocuteurs qui ont des objectifs souvent contradictoires, et avec tout cela il faut faire une synthèse acceptable, en gardant à l’esprit (comme sur le terrain) la contrainte économique, la faisabilité technique etc.

Mon poste actuel de DG de l’ANFH présente en plus cet atout incroyable d’être « concrètement » national, y compris par ses implantations. Je suis donc très souvent en région. Tant par le nombre des projets engagés que par la diversité de leurs déclinaisons régionales, mon métier est donc d’une très grande variété.

L’adrénaline est moins forte par contre. Même si, en ce moment… !! Mais il faut garder le sens des proportions. Les associations hospitalières, dont fait partie l’ANFH, sont certes touchées par l’actualité hospitalière et ses difficultés, mais par ricochet. Les enjeux humains sont moins immédiats. En même temps, c’est bien la force et l’immédiateté des enjeux humains qui fait le sens du travail à l’hôpital, qui soude les équipes (y compris de direction) et les pousse à se dépasser. Le plaisir d’une belle réussite à l’hôpital, ce n’est pas tous les jours, mais c’est extraordinaire.

Comment voyez-vous le métier de DH depuis ce point de vue ?

Notre métier est exigeant, il faut mobiliser un large éventail de compétences et de ressources personnelles. La maîtrise technique, juridique et économique, la vision stratégique,  le sens politique, les capacités managériales … Quand on a été directeur d’hôpital, on peut sans doute diriger des structures dans n’importe quel milieu et ton blog l’illustre bien.

Aujourd’hui, j’ai surtout envie de dire que j’admire les collègues!  Même s’il est un peu convenu de dire qu’aujourd’hui est pire qu’hier, il faut reconnaître que la situation est souvent particulièrement complexe et difficile. Les collègues déplacent des montagnes au prix de beaucoup d’efforts et avec un sens du service public inébranlable… On ne peut que se sentir fier de notre corps de DH, même lorsque comme moi on exerce « à l’extérieur ».