Marie-Pierre Renon est administratrice d’un Groupement de Coopération Sanitaire qui associe des structures du milieu sanitaire, médico-social et prochainement des professionnels libéraux. Elle raconte son métier de directrice d’hôpital comme un métier de santé publique et de projets. Un métier aux grandes responsabilités, au premier desquelles l’accompagnement et le soutien des équipes de soin.

Quand et pourquoi j’ai décidé de devenir directrice d’hôpital

1993, étudiante à Sciences Po Bordeaux, en dernière année option service public, je rentrais de mon semestre Erasmus londonien et j’étais encore en recherche de mon futur métier. Car en effet, engagée pour l’intérêt général, je cherchais toutefois un « métier », un vrai, pas seulement servir l’Etat ici ou là, en fonction d’un classement de sortie ou d’une mobilité.

Et voilà que j’entends parler au détour d’un couloir de ce vénérable institut, du concours de Directeur d’hôpital, concours évoqué au cours d’une conversation qui ne s’adressait même pas à moi. Mais ce fut mon déclic, Directeur d’hôpital me semblait bien être ce « métier » dans lequel je pourrai m’investir.

Quelques mois plus tard, à l’issue de l’examen final, je passais le concours, mon unique, et intégrais l’ENSP (devenue EHESP) en janvier suivant. J’avais 21 ans et une motivation qui ne s’est pas érodée depuis, 23 ans plus tard.

Ce que j’apprécie le plus dans ce métier

Même en cherchant longuement, je n’arrive pas à trouver des points négatifs à ce métier ou à me rêver plus heureuse dans un autre exercice ; à part peut-être… professeur de yoga, mais ça, c’est une passion parallèle !

Ce métier est utile, riche et pluriel. Il nous permet de mettre l’humain au cœur de notre action.

Personnellement, j’aime exercer des fonctions transversales, j’occupe depuis 3 postes (sur les 7 qui ont été miens) une fonction de secrétaire générale, associée une fois à la fonction « qualité »,  un autre la fonction « système d’information », un enfin « contractualisation interne ». J’ai exercé sur des directions fonctionnelles en début de carrière « services économiques », « affaires financières » dans tous types d’établissements : du CHU, aux CH de tailles plus ou moins importantes, à la psychiatrie.

Ce que j’apprécie le plus est l’autonomie de notre exercice, certes nous travaillons dans un environnement de plus en plus contraint mais il nous appartient encore de donner du sens pour les professionnels des hôpitaux dont nous avons la responsabilité. Nous pouvons nous investir sur des projets, souvent les choisir, les porter, les voir se réaliser. Nous pouvons faire grandir des talents et encourager les évolutions de nos collaborateurs.

Je considère que nous sommes des femmes et des hommes de santé publique, pas des administratifs ou de simples gestionnaires ; nous sommes si près du soin par notre compréhension des enjeux et les décisions que nous prenons. Nous sommes également chargés de donner aux soignants la possibilité d’être pleinement dans leur fonction, en réglant à notre niveau les problèmes que l’institution fabrique et ceux auxquels elle se heurte.

Quelques dossiers emblématiques pour moi

En un peu plus de 20 ans, j’ai eu la chance d’accompagner des équipes, de former des professionnels ou des futurs professionnels, de travailler sur des plans et de voir sortir de terre des bâtiments, de négocier le passage aux 35 heures, de monter un réseau ville-hôpital, d’ouvrir des unités en commun  avec les services pénitentiaires… globalement d’accompagner le changement à l’hôpital.

J’ai aussi eu la chance que les professionnels me fassent confiance et me fassent venir au plus près de leur exercice pour que je comprenne par exemple qu’un hôpital de jour de chimiothérapie, dont la rénovation programmée à une perspective de 3-4 ans à venir, ne constituait déjà plus une réponse acceptable pour les patients pris en charge aujourd’hui dans un bout de couloir. Dans ce métier, il faut savoir sortir du cadre et être créatif, il faut savoir négocier et revenir par la fenêtre, presque rien ne résiste à une conviction positivement portée dans la durée !

Je me concentrerai plutôt ici sur mon engagement actuel : le Groupement de Coopération Sanitaire (GCS) Santé Mentale, Handicap, Vieillissement & Précarité Rives de Garonne dont je suis l’administratrice.

Secrétaire générale du Centre hospitalier de Cadillac, un établissement de psychiatrie de Gironde, j’ai porté en 2014 le projet de création de ce GCS qui allie sanitaire, médico-social et prochainement professionnels libéraux sur un territoire de proximité. Depuis lors, il s’agit d’un espace dynamique de coopération, où les énergies de chacun sont mobilisées au profit de la fluidification des parcours patients.

Outre la richesse humaine qui émerge de cette connaissance réciproque entre plus d’une trentaine d’établissements sanitaires et médico-sociaux, nous avons avec cette structure porté plusieurs projets enthousiasmants : actions de formation, stages d’échanges de pratiques, programmes de prévention, convention parcours, équipe de liaison et en cours une Plateforme Territoriale d’Appui…

Deux d’entre eux me passionnent tout particulièrement :

  • Il s’agit tout d’abord du développement de la télémédecine au profit de territoires ou de populations (personnes âgées, personnes en situation de handicap…) pour qui l’accès aux soins est problématique.

Titulaire du DU de Télémédecine, j’accompagne les professionnels du territoire dans la définition de leurs projets ; nous sommes ici à la croisée de l’innovation technique et de l’innovation organisationnelle.

  • Ensuite, avec une collègue directrice générale d’une structure adhérente au GCS, nous montons actuellement un cycle de formation (de 8 à 10 j) à destination des cadres des établissements sanitaires et médico-sociaux sur le thème « bienveillance et management ».

Comme elle, je suis convaincue que, dans nos établissements, tout repose sur la qualité du management humain pour ne pas dire sur les qualités humaines des managers.