Olivier Ovaguimian a commencé sa vie hospitalière comme technicien d’analyses médicales. Désormais directeur d’hôpital, il souligne le rôle d’acteur économique de l’hôpital sur un territoire. Il s’interroge aussi sur la mobilité des dirigeants dont le mouvement ressemble parfois à celui…de « comètes ».

Quand et pourquoi avoir décidé de devenir directeur d’hôpital ?

Hospitalier depuis 1990, j’ai d’abord exercé les métiers de technicien d’analyses médicales, de cadre de santé puis de cadre supérieur de santé en tant que cadre paramédicale de pôle au sein de l’AP-HP. Au terme de ce parcours de « soignant », j’ai choisi d’orienter ma carrière vers les fonctions de direction. Je ne me retrouvais pas dans le métier de directeur des soins, c’est pourquoi j’ai choisi de passer le concours de DH en tant que candidat interne.

Je suis donc sorti de l’EHESP en 2013 (promotion 50), pour occuper les fonctions de directeur des affaires générales, de DRH puis de secrétaire général. Je prends très prochainement un poste de directeur des finances et des services économiques dans un nouvel établissement dans une région différente de celle où j’exerce actuellement.Lorsque je me suis intéressé au métier de DH, j’ai été attiré par l’exercice de terrain, sans doute pour ne pas totalement rompre avec mes précédents postes. Bien qu’étant un dirigeant, le DH est au quotidien en lien avec les « producteurs » de soins, ce qui n’est sans doute pas le cas d’autres hauts fonctionnaires.

Je souhaiterais également revenir sur cette appellation de « haut fonctionnaire ». C’est un terme auxquels nos syndicats et certains collègues sont très attachés. Pour ma part, je pense que nous aurions plus intérêt à nous revendiquer en tant que dirigeants. En effet, les hôpitaux sont des acteurs économiques locaux très importants. Bien sûr, nous avons comme missions de mettre en œuvre les politiques publiques de santé, néanmoins notre plus-value s’inscrit d’avantage en termes de conduite des établissements, de maintien du tissu économique dans un territoire. Je pense que notre inscription dans le giron des hauts fonctionnaires limite notre visibilité et même notre crédibilité vis-à-vis des autres acteurs économiques et de  nos partenaires (banques, fournisseurs…).

Qu’appréciez-vous le plus dans ce métier ?

Après quatre ans d’exercice, si mes fonctions aux affaires générales m’ont guidé vers des missions d’administration, mon expérience de DRH m’a conforté dans cette vision d’un acteur économique local. Ma projection dans mes fonctions à venir renforce cet avis, tout comme ma formation en économie de la santé suivie lors d’un master à Dauphine qui m’a fait comprendre que nous évoluons dans un monde où les secteurs publics et commerciaux sont étroitement liés.

Ceci me fait penser à la question de la mobilité. Nous sommes encouragés à changer régulièrement de poste, ce qui rend nos carrières variées. Toutefois, même si notre formation est polyvalente, l’exercice des fonctions de direction demande une expertise qui nous fait parfois défaut. Dans l’idéal, nous disposons d’une capacité forte à analyser les environnements et les situations pour éclairer ou prendre les décisions de gestion de nos établissements. Pour autant, être DRH, DAF (directeur des affaires financières) ou acheteur demandent des compétences particulières. Changer radicalement de fonctions trop souvent n’est peut-être pas un gage d’efficacité. J’espère qu’à titre personnel, je puisse prendre un peu de temps pour développer l’expertise nécessaire à mes nouvelles missions.

Les DH sont des sortes de comètes au sein d’effectifs plutôt stables. Les hôpitaux ont un ancrage local très fort, les personnels y exercent souvent très longtemps, parfois sur plusieurs générations, les médecins y font toute une carrière.

Pouvons-nous tirer une vraie légitimité en ne faisant que passer, parfois même simplement avec des objectifs de carriérisme. Peut-être devrions-nous préoccuper de cette question en s’inscrivant d’avantage dans la durée. Si je reprends le parallèle avec le monde des dirigeants d’entreprises, hormis les grands groupes mondiaux, un dirigeant inscrit son action dans un territoire, un marché, une période relativement longue. Peut-on comprendre une structure si complexe qu’un hôpital en n’y passant que quelques années ? Je me le demande de plus en plus.

Même si parfois cela peut sembler épuisant, ce qui est très motivant dans notre (nos ?) métier(s), c’est la variabilité de l’environnement. Nous ne savons jamais de quoi la journée sera faite, nous rencontrons des personnes très intéressantes en interne et en externe et la tutelle nous réserve sans cesse des surprises dans ses demandes ou les orientations qu’elle prend… Notre travail n’a rien de routinier.

Pourriez-vous nous parler d’un ou de deux de vos dossiers emblématiques ?

Lorsqu’il s’agit de  porter un regard analytique sur les grandes réalisations de mes années d’exercice comme DH, j’en évoquerai deux. La première concerne mes missions de DRH, la seconde de secrétaire général.

En tant que DRH, j’ai eu à mettre en œuvre un plan de retour à l’équilibre drastique. En raison d’un déficit très important, j’ai dû réduire la masse salariale de 5% en un an. Pourtant, je ne considère pas l’avoir fait de façon arbitraire. Je ne suis pas naïf, cela a induit des contraintes plus fortes sur les équipes, mais un dialogue poussé avec les cadres, les partenaires sociaux, nous a permis de relever collectivement le défi qui s’imposait à nous.

Dans un registre plus positif, j’ai piloté le processus de fusion de trois établissements pour faire naitre un nouvel établissement de santé (le huitième d’Ile de France par sa taille). Ceci m’a conduit à traiter des questions juridiques inhabituelles, accompagner les équipes vers de nouvelles organisations, créer et porter l’identité du nouvel établissement. C’est une expérience que je ne rencontrerai peut-être pas une deuxième fois.

Je suis persuadé que mes nouvelles fonctions me réservent des surprises agréables (ou moins !) ; mais que je vais poursuivre dans cette logique d’affirmer la place des hôpitaux publics dans le secteur sanitaire mais aussi dans leur rôle économique et de création de valeur.