On a retrouvé « directeurdhopital » ! Sous ce pseudo se cache un ou une collègue, qui a animé pendant 3 ans un Tumblr très drôle sur le quotidien d’un DH. Après une longue période de silence, « directeurdhopital » s’exprime de nouveau, en exclu pour directeurdhopital.com !

Que pensez-vous d’abord des DH, du métier, de la profession, de l’exercice aujourd’hui ?

Notre métier à beaucoup évolué depuis une quinzaine d’années.

La T2A a constitué un changement de paradigme extraordinaire qui a aujourd’hui de multiples implications. Jamais les directeurs n’ont été autant soumis à la pression financière, le nombre d’établissement en PRE (plan de retour à l’équilibre) ou en CREF (contrat de retour à l’équilibre financier) en est l’indicateur le plus révélateur.Cette procédure qui devait rester marginale devient aujourd’hui d’une inquiétante banalité.

Cela a forcément un impact sur nos métiers notamment pour les DRH, les DAF, les coordonnateurs généraux des soins et bien sûr les chefs d’établissement. Certains jours je suis tellement désespérée que j’ai envie de faire cette proposition à mon directeur :

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Il y a encore une nouvelle évolution récente dans nos fonctions avec les GHT. Les adjoints qui ont en charge des fonctions mutualisées exercent dans un périmètre extrêmement large et se spécialisent (au risque parfois de s’enfermer dans leurs fonctions). Quant aux directeurs qui ne sont pas dans l’établissement support, ils perdent de leur autonomie, d’ailleurs certains d’entre eux ont l’impression de devenir des directeurs délégués tellement la place du directeur de l’établissement support est importante.

Ces reconfigurations renouvellent nos conditions d’exercice et peuvent même renforcer l’intérêt professionnel tant ces nouveaux défis sont challengeant mais on peut regretter le manque de considér… de communication du ministère sur ces réformes pourtant parfaitement orchestrées et le manque de reconnaissance en n’anticipant pas la mise à jour statutaire nécessaire.

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Vous avez tenu un compte à visée humoristique et pourquoi avoir arrêté ?

Il y a une qualité importante pour durer toute une carrière dans nos fonctions, c’est notre capacité à gérer le stress. Je suis persuadé que l’humour aide à prendre du recul sur notre métier et à mieux vivre les périodes de tension. Je raconte beaucoup de bêtises qui font rire mes collaborateurs ou mes collègues, et ils en ont tout autant !

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L’idée était donc de partager avec l’ensemble de la profession toutes ces situations ordinaires que l’on a forcément en commun : de l’hygiéniste qui te remet en cause le déménagement de l’hôpital 3 jours avant son inauguration, à l’expertise du CHSCT à 400.000€, en passant par les perles des entretiens de recrutement !

« L »’internet 2.0 permet à tout le monde d’interagir, de liker, de partager et d’élargir ainsi l’audience de la page mais également de contribuer. C’était aussi l’idée de ma page : faire en sorte que les contributions ne viennent plus uniquement de moi car comme tout directeurs, j’aime bien déléguer ! Finalement, 10% des publications émanaient de collègues, ce qui permettait aussi de diversifier l’humour de la page !

Puis, récemment j’ai changé de poste et je n’avais plus les 2-3 heures par semaine nécessaires pour alimenter et animer cette page dans laquelle j’ai publié 500 billets en 3 ans.

Comment et par qui cette initiative a t elle été accueillie ? 

L’initiative a super bien été accueillie ! J’ai eu plein de messages de soutien ou de remerciements. Mais je pense qu’il y a beaucoup de lecteurs qui ne prenaient pas le temps de liker ce qui est dommage car c’est un vrai moteur en terme de motivation.

L’audience était très variée, à l’image de la profession. chereau-album-travail-burn-out-222x300Je crois qu’il y a une attente forte des collègues d’échanger autrement sur nos fonctions.

Nous avons une posture à tenir et on se permet assez peu d’excentricités si ce n’est une petite planche de BD dans un PowerPoint pour les plus audacieux. Il suffit de constater le succès des dessins de Chéreau dans nos revues professionnelles ou des troupes de théâtre d’improvisation dans nos séminaires pour comprendre ce besoin de rire de l’hôpital. 

Pourquoi un compte anonyme ?

L’une des questions que l’on m’a le plus posée était celle de savoir qui se cachait derrière ce compte « directeurd’hôpital ». J’étais un peu mal à l’aise avec cet anonymat car je comprends la réticence de certains de partager leur vie privée avec quelqu’un qu’ils ne connaissent pas. Néanmoins, j’avais besoin de cette protection qui me garantissait d’avoir une liberté d’expression totale.

Ça m’a permis de me moquer « gentiment » du DGARS qui ne connaissait pas la distance qui nous séparait du CHU ou encore de dénoncer « amicalement » mon directeur qui me fait une super évaluation mais m’augmente de 0.1 point ma « part résultat »…. les collègues syndicalistes ont adoré !