Docteur en droit, ancien directeur des affaires juridiques d’une collectivité régionale, Pierre Villeneuve est aujourd’hui directeur régional auprès du Préfet de la région Bretagne. Il est enseignant à l’EHESP, et rencontre à ce titre de nombreux Élèves directeurs d’hôpital (EDH).

Pouvez vous nous décrire la nature des relations que vous avez dans votre métier avec des DH/EDH ?

Mon premier contact avec les directeurs d’hôpital (DH) a été à  l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, plus précisément au sein de la direction des affaires juridiques et des droits des patients. J’ai ainsi découvert la variété des missions d’un DH, tout à la fois manager, juriste, coordonnateur, « diplomate », stratège, négociateur, un poste aux milles facettes à l’image de l’hôpital public.

Face à une Direction des Affaires Juridiques pouvant être vécue comme une contrainte supplémentaire, j’ai participé à la mise en place du réseau des correspondants juridiques (essentiellement des DH) avec un objectif  simple : concevoir la fonction juridique comme une aide, une assistance et le juriste comme un « réducteur d’incertitudes ».

Aujourd’hui, assurant la coordination des enseignements en droit hospitalier pour le Pôle Prépa Concours de l’EHESP, j’ai l’occasion de rencontrer les « futurs DH » puis les EDH en scolarité au sein de l’EHESP.

En quelques années, les attentes à l’égard des DH ont nécessairement évolué, de bons professionnels de la santé à celles de manager aux compétences variées.

Quelles sont les compétences remarquables dont ils et elles font preuve, et quelles sont les zones de plus grande fragilité selon vous ?

Les DH ne doivent plus selon moi, être des « experts » d’un domaine particulier mais avoir et développer une approche transversale sur l’ensemble des métiers et fonctions de l’hôpital comme de son environnement.  Les mutations du système de santé, qu’il s’agisse de la mise en place des ARS, du renforcement du rôle de l’Etat, de la réforme territoriale… doivent nécessairement faire évoluer la fonction de DH mais aussi la formation, le parcours professionnel des DH, etc.

Les EDH et DH sont de bons professionnels confrontés à un environnement juridique instable et inflationniste. L’une des zones de fragilité, sans être propre aux DH mais plus à l’hôpital, réside dans le régime des délégations de signature ou de compétence et donc aux conditions d’engagement de la responsabilité.

Les DH doivent aussi faire face à un renforcement des obligations déontologiques des fonctionnaires et des agents publics (loi du 20 avril 2016) comme de leurs propres obligations déclaratives (obligation de déclaration d’intérêts, obligation de déclaration de situation patrimoniale..) et ce dans un contexte où la transparence de la décision publique ne cesse d’être requise (loi du 9 décembre 2016).

En conséquence, je pense que la formation devra à l’avenir s’inscrire dans une approche transversale vraiment renforcée.