Christian Ursulet a occupé pendant 6 ans les fonctions de directeur général de l’Agence régionale de santé de Martinique, jusqu’à son départ à la retraite il y a quelques mois. Une fonction qui donne une grande proximité avec les directeurs et directrices d’hôpital d’un territoire.

Pouvez-vous nous décrire la nature des relations que vous avez eues dans votre fonction de directeur général d’ARS avec des directeurs d’hôpital ?

En tant que DGARS j’ai eu des relations professionnelles très étroites avec les directeurs des hôpitaux de la Martinique.

Il s’agissait bien sûr du contexte général de l’ONDAM qui trace des objectifs extrêmement contraignants pour les établissements, mais surtout à cause de la situation financière dégradée des hôpitaux les plus importants.

Les objectifs de fusion entre hôpitaux, de Groupements Hospitaliers de Territoire et de participation de certains hôpitaux à la restructuration des urgences et à la mise en place de maisons médicales de garde ont été l’occasion de relations très suivies, hebdomadaires même, avec le CHU de la Martinique. Il s’agissait de relations de confiance généralement, des relations où chacun a sa place. Nous nous concertions sur les stratégies, les voies et les moyens pour atteindre les objectifs.

Tout au long de mon exercice à l’ARS, il est très rarement arrivé que nous ayons eu besoin d’user de contrainte, ou de mettre en oeuvre des procédures disciplinaires… Ce sont des cas très très marginaux, mais parfois cela arrive !

Les relations d’un DG d’ARS avec un directeur d’hôpital sont basées sur la confiance et l’exigence mutuels. Nous travaillons ensemble à améliorer l’organisation des soins et des patients du territoire.

Quelles sont les compétences remarquables sont ils et elles font preuve, et quelles sont les zones de plus grande fragilité selon vous ?

Les directeurs d’hôpitaux sont généralement de grands professionnels. Pour autant, certaines compétences doivent encore être développées. Je pense en particulier :

  • aux compétences juridiques, du fait de l’augmentation du volume des contentieux,
  • aux compétences de conduite de projets complexes, du fait des grandes mutations en cours
  • et enfin aux compétences de communication, tant du fait de l’irruption des réseaux sociaux que du renforcement du management participatif

Je souligne aussi la dimension « Gestion de situations de crise » qui s’impose plus que jamais dans le contexte international d’aujourd’hui.

Que conseilleriez-vous aux DH pour mieux aborder l’avenir ?

Je pense que l’on pourrait faire évoluer la formation et les pratiques de mobilité.

Au plan de la formation, je pense que l’on pourrait développer la logique de l’alternance déjà à l’oeuvre pendant les deux ans de formation à l’EHESP, et envisager une alternance Théorie/Terrain au cours des 5 premières années. La complexité de la gestion hospitalière dans ses dimensions Relation avec les malades et leurs familles, Ressources Humaines, Marchés publics, Investissements, Finances etc…me semble l’imposer.

Je crois aussi qu’il serait judicieux d’imposer une mobilité quinquennale pour les chefferies d’établissement.

Enfin, le métier de directeur d’hôpital devra nécessairement évoluer en cohérence avec l’évolution du statut de l’hôpital public et privé, et aussi des contours de la protection sociale de notre pays.