capture-martine-grocqMartine Grocq a été infirmière puis cadre de santé et enfin directrice des soins pendant de nombreuses années en centre hospitalier universitaire, une fonction qui porte les valeurs infirmières au cœur des équipes de direction, et qui donne un regard intéressant sur le métier et la pratiques des directeurs d’hôpital.

Pouvez-vous expliquer les relations de travail entre le directeur des soins et le directeur de l’hôpital ? 

J’ai travaillé pendant des années quotidiennement, quasiment en binôme, avec des directeurs d’hôpital. Alors pour travailler en équipe, il faut apprendre à se connaître : quel est le métier de chacun ? À quoi correspond-il ? Qu’est-ce qui le caractérise ? Quelle est la valeur ajoutée ? J’ai appris tout cela. Ensuite c’est la confiance, l’écoute qui provoquent une alchimie. Cette alchimie se crée grâce au respect de chacun et au respect des personnels.

Quand nous traversons des moments difficiles, et ils sont nombreux à l’hôpital, chacun des deux acteurs lit l’événement avec ses compétences et sa spécificité. C’est la confrontation des idées, la remise en cause, l’enrichissement de l’analyse qui vont faire grandir les projets : la créativité.

Rien n’est acquis d’avance, la complexité de l’hôpital demande réflexion, anticipation. La mission est de construire l’hôpital de demain avec les femmes et les hommes d’aujourd’hui. Il est nécessaire d’installer la complémentarité, des relations franches, humaines. Le directeur reste maître de la décision, le directeur des soins apporte son angle de lecture nourri de la perception des acteurs de soins et de la patientèle. Le directeur des soins est pour moi une aide à la décision pour le directeur.

Comment a évolué l’image que vous vous faisiez de ce métier et des gens qui l’exercent ?

Je ne peux parler que pour moi car l’image que l’on a d’une profession, d’un métier, est très lié à l’histoire de chacun. De mon côté j’ai appris que si l’un des acteurs se sent supérieur et prend les autres pour ses subordonnés, la communication est vaine, et alors là : danger ! Un directeur dans sa tour d’ivoire, croyant en sa toute-puissance est un frein à l’évolution. Certains évitent le partage, bloquent les situations. L’autoritarisme entraîne des ruptures et devient un réel handicap dans une équipe. Tout ceci demeure personne dépendante. Il en est de même avec les médecins, d’ailleurs. Or le travail à l’hôpital doit toujours rester dans le respect, la confiance, la collaboration.

L’image que l’on se fait de l’autre s’enrichit aussi au fur et à mesure des projets, des réussites, des difficultés. Chacun évolue grâce à l’expérience et la bienveillance des uns et des autres… J’ai rencontré des personnes attentives, soucieuses de la mission du service public, sachant s’adapter aux injonctions parfois paradoxales. La mixité générationnelle fait découvrir d’autres personnes avec un regard nouveau sur l’offre de soins. Un challenge qui ne peut se réaliser qu’avec des valeurs et le sens de l’humain.

En quoi les directeurs d’hôpital que vous avez croisé vous ont le plus aidé dans vos fonctions de directrice des soins ? En quoi les DH pourraient-ils progresser selon vous ?

J’ai travaillé avec des directeurs animés par la volonté de se dépasser pour la prise en charge de la population touchée dans le continuum de leur vie. Des directeurs qui avaient confiance et conscience du travail, de la valeur des soignants.

Beaucoup d’entre eux pourraient néanmoins travailler davantage l’humilité…. Le métier de Directeur devient de plus en plus spécialisé, avec des expertises techniques qui grandissent. C’est super mais il ne faut jamais oublier qu’une équipe, y compris une équipe de direction, cela se construit d’abord avec des personnalités différentes et complémentaires. Elle est là la richesse. Dans ce cas alors, lorsque chacun accueille les différences de l’autre, accepte le débat, personne ne perd rien, mais au contraire grandit.