Stéphane est directeur d’un centre hospitalier à Créteil, un métier rencontré par hasard, qu’il a exercé dans des secteurs très variés, et pour lequel il nous livre une vraie « déclaration » !

Pourquoi avoir choisi le métier de directeur d’hôpital ?

Je n’ai pas décidé de devenir directeur d’hôpital,  ce métier est arrivé à moi un peu par hasard, comme pour beaucoup d’entre nous sans doute, au milieu des concours administratifs divers et variés que nous avons tous passés.

Avec du recul cependant, je dirai qu’inconsciemment j’ai du être attiré sans la connaître et sans atavisme familial (pas de médecin dans ma famille  et pas de 1e année de médecine ratée)  par cette mission de « haut fonctionnaire de terrain » qui réfléchit à l’avenir d’un établissement tout en œuvrant chaque jour au quotidien pour la transformation concrète d’un  service public.

Je pense également que j’ai très vite ressenti que ce métier méconnu allait m’éviter de passer ma vie dans un bureau entouré d’autres bureaux semblables, c’est d’ailleurs pour cela que je passe beaucoup de temps sur le terrain  à faire du gemba !

Enfin, les mission d’intérêt général, d’universalité et de solidarité ont du guider mon choix.  J’ai d’ailleurs exercé voici quelques années les fonctions de Directeur Général dans un hôpital privé et j’ai pu mesurer que notre métier n’était pas celui d’un chef d’entreprise mais bien porteur de l’intérêt général dans et en dehors de son établissement. C’est une différence fondamentale.

Qu’appréciez-vous le plus dans ce métier ?

Au risque de surprendre, je dois avouer que j’ai mis quelques années à aimer ce métier que j’ai d’abord trouvé dur, ingrat, dans un milieu peu reconnaissant et finalement plus violent qu’on ne le pense mais sans doute est ce lié au fait que j’ai commencé ma carrière dans une technostructure universitaire ou la chaîne de responsabilités est diluée et l’autonomie réduite.

Aujourd’hui, par effet de rattrapage certainement, j’aime passionnément mon métier et tout particulièrement l’autonomie et la capacité d’action dont nous disposons. – Nous sommes aujourd’hui les derniers hauts fonctionnaires à jouir d’une telle autonomie , mesurons le !!-

J’aime la pluralité des thématiques, l’innovation qui nous entraîne et nous permet de tout remettre en cause.

J’aime cette logique territoriale qui va faire grandir encore notre métier et permet à l’hospitalocentrisme si décrié de montrer toute son utilité et sa plus-value.

J’aime les médecins, leur dévouement, leur impossibilité à compter les heures qui vous donne envie de leur offrir les meilleures conditions de travail et d’être à la hauteur de leurs ambitions.

J’aime les infirmières et leur humanité qui peuvent, lorsque vous les voyez affronter l’adversité dans certaines situations délicates, vous arracher des larmes.

J’aime la pertinence des directeurs et directrices d’hôpitaux lorsqu’ils refusent le corporatisme et la notabilisation sclérosante.

Et puis j’aime ces usagers qui nous vouent à nous professionnels de santé un très grand respect à la hauteur de nos engagements et nous confient beaucoup d’eux-mêmes. L’hôpital public est peut être le dernier service public à jouir d’une telle image, cultivons-là.

Un ou deux dossiers emblématiques ?

J’ai dirigé des hôpitaux locaux et des hôpitaux de proximité, exercé dans des CHU prestigieux, des CH de grande taille à la dynamique ébouriffante comme aujourd’hui l’Intercommunal de Créteil. Je suis fier d’avoir dans chacun de ce postes œuvré à la transformation, porté des changements d’organisation,  initié des projets d’investissements aujourd’hui sortis de terre, remis les comptes à l’équilibre et constitué autour de moi des équipes pleines de vie.

S’il faut cependant retenir un ou deux projets, je dirais que quand on a eu la chance de coordonner l‘ouverture du Bâtiment Port Royal à Cochin ou de bâtir et de réaliser le schéma directeur immobilier de la Pitié-Salpêtrière, on est un directeur déjà comblé …

Mais j’ai encore beaucoup d’idées et l’hôpital public peut et doit encore se transformer, c’est pour cela que je continue à exercer mon métier… comme un militant !