Après une carrière d’instituteur, Pierre Thépot est devenu directeur d’hôpital. Il est chef d’établissement du centre hospitalier de Moulins-Yzeure, dans l’Allier.

Quand et pourquoi j’ai décidé d’être DH ?

En fait , je n’ai jamais voulu être Directeur d’Hôpital. En 1988, J’étais alors instituteur, et j’ai eu envie, je crois, d’épater mon père (qui avait une piètre images des enseignants) et de préparer l’ENA… Je ne savais même pas à cette époque que le métier de Directeur d’hôpital, et son concours, existaient. C’est alors que j’ai  échangé avec mon cousin, haut fonctionnaire, et qui fut plusieurs fois Préfet de Région. Il m’a dit alors :

« Pense au concours de Directeur d’hôpital, c’est un des rares « vrais métiers » de la haute fonction publique »

Il m’a « coaché » pendant trois ans pour que j’accède tout d’abord au cycle préparatoire de l’ENA, puis que je me prépare aux concours. Un jour, alors que je dirigeais déjà un hôpital, on déjeunait ensemble dans son appartement privé de la Préfecture de Région dont il avait la charge. Il m’a alors dit cette phrase à laquelle je repense souvent :

« Tu vois, moi, quoi que je fasse, je suis toujours aux ordres… , alors que toi, tu as une autonomie incroyable »

Fruit du hasard, et fruit également, en creux, de mon échec à l’ENA, l’accès au « concours DH » s’est donc effectué, avec en toile de fond cette conviction que c’était un vrai métier, qui me permettrait d’épater quand même mon père 😉  et qui préserverait mes valeurs de liberté et de créativité que j’avais cultivées dans mon précédent métier d’instituteur.

Ce que j’apprécie le plus dans ce métier 

Ce que j’aime dans ce métier, c’est justement que c’est un vrai métier : vivant, créatif , et qui permet d’explorer des domaines d’une grande diversité selon ses passions, et surtout d’agir , parfois modestement, sur le cours des choses. Un métier dont le management est le cœur.

J’ai choisi, très tôt en sortant de l’EHESP (au bout de 8 mois), de devenir chef d’établissement. C’est un choix que je n’ai jamais regretté et une fonction que j’espère exercer jusqu’à la fin de ma carrière.

Je dis souvent qu’un bon directeur d’hôpital, doit savoir de placer, comme disent les anglo-saxons « on the top and on the bottom »… En effet, si Dieu est dans la pierre, le diable est dans les joints ! Tout l’art consiste à prendre suffisamment de recul pour ne pas se laisser engluer dans le quotidien , tout en ayant à cœur de garder ce contact avec le terrain qui donne du sens à l’action publique au profit du patient.

J’aime ce métier passionnément …

Je dis souvent aux plus anciens dans la profession qui déplorent l’ONDAM,  les injonctions paradoxales et le temps béni du prix de journée… , que personne ne nous a obligés à faire ce métier.. ni à continuer à l’exercer !

Alors, même si c’est parfois pénible et très prenant, cela reste un métier ancré dans le réel, qui me permet d’exprimer ma  créativité et me laisse une grande autonomie.

Un de mes dossiers emblématiques

Nous exerçons un métier où chacun court le risque (surtout les hommes d’ailleurs (!)) de confondre qui il est avec ce qu’il fait. Combien de fois ai-je entendu tel ou tel collègue dire « J’ai reconstruit MON hôpital,… j’ai redressé MON hôpital… J’ai 1000 , 2000 lits et places etc… « . Bref : les allées des congrès, c’est un peu le jeu de celui qui a la plus grosse (… marge brute bien sûr !).

Alors pour ne pas tomber dans le travers du tout à l’égo vers lequel  une telle question risque de nous entraîner, j’ai choisi d’illustrer un dossier minuscule, à l’échelle des masses budgétaires en jeu.. mais qui m’a semblé primordial pour l’attractivité de l’hôpital.

Le jour où j’ai imaginé un parking réservé aux consultants avec un accès garanti, à quelques mètres des consultations externes et du plateau technique.

Il s’agissait d’un système simple et  innovant basé sur l’octroi d’un jeton donné au bureau des admissions et qui permet d’ouvrir la barrière du parking réservé, non pas pour entrer, mais pour quitter l’hôpital.

Ce projet m’est apparu symptomatique :  simple, rapide, peu coûteux, et avec un impact direct sur la qualité d’accueil des patients.

Entre l’idée que j’ai énoncée en Comité de direction et l’arrivée du premier patient, il s’est écoulé 3 mois.

Depuis, les questionnaires de satisfaction de nos patients sont unanimes et ce temps gagné garanti a incontestablement contribué à développer l‘activité externe, et à  favoriser le virage ambulatoire qui constitue le quotidien des responsables hospitaliers aujourd’hui.