Pierre-Hugues Glardon est directeur d’hôpital, il a passé quelques années au ministère de la santé et en agence régionale de santé. Il est aujourd’hui Directeur de la programmation budgétaire et du contrôle de gestion de Santé publique France, la nouvelle agence nationale de la santé publique créée en 2016. Ce parcours lui permet de mesurer le caractère finalement très « moderne » de la gestion hospitalière…

Pourquoi j’ai choisi ce poste hors hôpital

J’ai toujours considéré qu’un parcours réellement diversifié était une force dans un parcours professionnel. J’ai ainsi, avant de rejoindre une agence sanitaire, exercé des fonctions de conception de politiques publiques au ministère de la santé et de régulation de l’offre hospitalière dans une agence régionale de santé.

Relier les approches entre offre de soins et santé publique

Rejoindre l’Institut national de Veille sanitaire (InVS) en 2014 n’a pas donc été pour moi une démarche complètement éloignée de ces deux précédentes expériences en dehors de l’hôpital. C’était aussi l’occasion d’exercer à nouveau des fonctions opérationnelles sur un champ large (budget-finances, achats-marchés, travaux-services généraux, conventions partenariats) et d’approfondir mes connaissances en santé publique, bénéfice qui a été encore accentué par la création de Santé publique France, née cette année de la fusion de l’Inpes, de l’InVS et de l’EPRUS.

Il y a en effet un certain clivage entre l’offre de soins et la santé publique dans le monde de la santé. C’est dommage, les deux approches devaient être davantage reliées, y compris, je crois, à l’hôpital et je compte bien me servir de ce corpus de connaissances et d’approches lorsque je retournerai en établissement.

Pour moi, mes 3 postes à l’hôpital et mes 3 postes en dehors sont complémentaires : les 3 premiers (en hôpital spécialisé, puis en hôpital local, puis en CHU) m’ont permis de savoir ce qu’était le métier de DH. Les 3 suivants m’ont permis de beaucoup mieux situer l’hôpital et de mesurer les défis qu’il a à relever, qu’ils soient territoriaux, financiers et de meilleure réponse aux besoins de la population.

En quoi cette expérience diffère de mon expérience hospitalière

Chaque expérience est évidemment différente : dans les différences, il y a les règles de l’Etat qui s’appliquent aux agences sanitaires, ou du moins l’interprétation de ces règles qui réduisent les marges de manœuvre, dans d’importantes proportions. Cela pourrait aboutir, dans certains cas, à une absence d’optimisation des moyens et à une paralysie des projets.

Une gestion de l’Etat plus lourde et moins « connectée » à l’activité

Cette situation me rappelle les rapports entre les hôpitaux et « la tutelle », il y a quelques années, avant HPST en tous cas, qui a allégée certains contrôles et réduit la « logique d’autorité ». En tous cas, c’est assez différent d’avoir comme tutelle directe une administration centrale, voire plusieurs (y compris la direction du budget), plutôt qu’une ARS. Le « système d’agences », qui est aujourd’hui un concept, et qui résulterait de la volonté des tutelles de rapprocher différentes agences sanitaires, n’est pas mûr. Cette volonté sans mode opératoire peut rappeler certaines tentatives de rapprochements hospitaliers.

Ce qui est commun, en revanche, c’est l’effort des finances publiques et les mesures d’économie qui aboutissent à des choix d’activité. Toutefois, il me semble qu’à l’hôpital la gestion est davantage « connectée » à l’activité. Le « rappel de la réalité » est plus rapide.

Comment je vois le métier de directeur d’hôpital depuis ce « point de vue »

L’hôpital doit répondre au quotidien, souvent dans l’urgence, mais les réponses sont, à mon sens, parfois fragmentaires ou autocentrées. Je pense que le métier de directeur d’hôpital est très fortement impacté par le mouvement de fond des regroupements, qui vise à évoluer vers des stratégies de groupes. Il y a et il y aura de fait plusieurs types de directeurs.

Du point de vue de Santé publique France, je pense que les problématiques de santé publique doivent davantage être intégrées à l’offre de soins et que les directeurs d’établissements pivots devront être à la fois des stratèges et des tacticiens, reliés à encore plus de partenaires institutionnels qu’aujourd’hui.