Quentin Mouronval est directeur d’hôpital depuis 2015, il exerce la fonction de Directeur des achats, de l’hôtellerie et de la logistique dans un établissement de santé mentale, l’EPS Ville-Evrard en région parisienne

Quand et pourquoi j’ai décidé de devenir directeur d’hôpital

J’ai décidé de devenir directeur d’hôpital en découvrant le métier en stage lorsque j’étais en master à l’IEP de Bordeaux. J’ai particulièrement apprécié le côté « caméléon » du directeur qui travaille avec des populations aux cultures très variées. Par exemple, j’étais en stage au sein d’une direction des services économiques et j’ai vu la directrice travailler avec des personnels techniques, des médecins, des infirmières, des personnels administratifs etc. A chaque fois, elle adaptait son discours en fonction des personnes à qui elle s’adressait. Il y avait aussi un côté très stimulant intellectuellement et très proche du terrain.

J’ai également décidé de devenir directeur d’hôpital à la suite de plusieurs rencontres avec des DH lorsque j’étais en prépa concours. Ils m’ont donné envie d’exercer ce métier car c’est un métier qu’ils nous ont décrit comme étant exigeant, difficile mais aussi tourné vers l’autre. Le côté manager qui doit entraîner, mobiliser, savoir écouter tout en étant capable de prendre des décisions importantes m’a beaucoup plu. En plus, c’est un métier qui a un sens particulier dans la mesure où l’on n’œuvre pas au sein de n’importe quel service public. L’hôpital est un endroit qui est sans cesse en ébullition où il se passe toujours quelque chose : c’est très stimulant ! Tous ces éléments m’ont beaucoup plu et m’ont donné envie de passer le concours de directeur d’hôpital.

Ce que j’apprécie le plus dans ce métier

J’apprécie tout particulièrement l’autonomie dont je dispose. Etant directeur adjoint dans un hôpital de taille assez importante (865 lits et place), je dispose d’un champ d’actions assez large. Je peux décider de lancer des projets, de mettre des ressources sur telle ou telle activité, d’élaborer la stratégie etc. Cette liberté d’action est une vraie chance. Cela me permet d’être très réactif, de pouvoir adapter mon service aux changements constatés sur le terrain.

En outre, c’est un métier qui est très enrichissant sur le plan humain. En effet, travaillant au sein d’un hôpital psychiatrique, mes équipes participent activement à la prise en charge des patients qui sont, pour beaucoup, en grande précarité physique et mentale. Faire le choix d’être directeur de l’hôtellerie en hôpital psychiatrique n’est donc pas anodin. Nous devons améliorer sans cesse nos conditions d’accueil pour aider le plus possible nos patients à se ressourcer. Un exemple parmi d’autres, qui peut sembler trivial alors qu’il n’en n’est rien, concerne la qualité de l’entretien de nos jardins. Nos 60 hectares doivent être bien entretenus car cela a un impact sur la santé psychique des patients. Nous achetons aussi du mobilier qui doit être pensé en étroite collaboration avec les équipes médicales et soignantes afin de limiter au maximum les risques de passage à l’acte. Choisir ce métier dans ce type de structure, c’est avant tout choisir d’être au service de patients et d’équipes soignantes qui sont en première ligne pour traiter la détresse, l’exclusion, la précarité. Il ne faut jamais l’oublier.

Enfin, c’est un métier – en tout cas celui que j’exerce – où l’on touche à tout : finances (j’ai un budget de 10 millions d’€), ressources humaines (je gère une direction de 140 ETP), suivi budgétaire, stratégie, communication interne/externe etc. Je me considère comme un entrepreneur public qui concourt, de par ces activités, au bon fonctionnement du service public hospitalier. Par exemple, mes équipes gèrent une Unité Centrale de Production (UCP) qui produit 4000 repas/jour sur plusieurs sites situés dans le département du 93 (Bondy, Aubervilliers, Saint Denis et Neuilly sur Marne). Or, sans la production de repas, les patients ne pourraient pas être correctement pris en charge. En effet, nous devons veiller à ce que notre plan alimentaire soit en adéquation avec les besoins des patients : en raison du risque de fausses routes (certains patients sont sous tranquillisants), la gamme des poissons sans arrête est plus large. De même, comme la durée moyenne de séjour est plus importante en psychiatrie qu’en MCO, nous devons varier davantage nos menus pour éviter que les patients ressentent de la lassitude. Le repas est un moment très important dans la prise en charge des patients qui viennent chez nous et nous devons veiller à ce qu’il soit de qualité.

Un de mes dossiers emblématiques : le renouvellement du parc de véhicules de location longue durée

Ce dossier peut paraître trivial vu de l’extérieur mais il faut savoir que les équipes soignantes font beaucoup de visites à domicile, doivent se déplacer de structures en structures (CMP, CATTP, HDJ…) et utilisent également des véhicules pour réaliser les sorties thérapeutiques avec les patients.

Mon rôle a consisté à définir un groupe projet chargé de recenser les besoins des équipes en veillant à aller sur le terrain pour comprendre leur fonctionnement, leurs difficultés. J’ai ensuite défini, avec mes équipes, la stratégie achat de ce marché afin d’avoir les opérateurs économiques les mieux-disant pour l’hôpital. Mon travail a ensuite consisté à analyser les offres reçues et à choisir l’offre la plus avantageuse économiquement pour l’établissement, en lien étroit avec les utilisateurs.

En précisant notre besoin et en appréhendant au mieux les difficultés rencontrées par les équipes soignantes dans l’exercice de leur métier, nous avons pu améliorer la qualité du service rendu.

En effet, j’ai décidé de mettre en place un interlocuteur dédié au suivi du parc de véhicules loués, Cet agent issu du service des transports a pour rôle de réaliser l’entretien des véhicules jusqu’ici dévolu aux soignants. L’idée est de leur libérer le maximum de temps possible au suivi des véhicules pour qu’ils puissent se recentrer sur leur cœur de métier. Mes équipes sont là pour conduire le véhicule au garage et sensibiliser les utilisateurs en réalisant un suivi des accrochages.

Enfin, grâce au travail réalisé en collaboration étroite avec les équipes soignantes, nous avons pu inclure dans notre offre le radar de recul, la climatisation sur certains véhicules ainsi que le GPS et bluetooth etc.

Le marché  relatif à la location de véhicule de longue durée (LLD) est un marché stratégique pour l’établissement à plusieurs titres :

  • Il concerne un parc de 60 véhicules et une dépense de 206 000 €/an. En coût global, ce marché coûte 456 000 €/an à l’établissement ;
  • Il s’agit d’un marché stratégique pour l’hôpital car il permet aux unités d’avoir à leur disposition un véhicule leur permettant de réaliser les activités de soins essentielles à la prise en charge des patients (visites à domicile, activités thérapeutiques, hospitalisation à domicile…). Ce caractère stratégique est encore plus prégnant au sein des hôpitaux psychiatriques puisque plus de 80% des patients sont suivis en ambulatoire. Par ailleurs, ce marché est d’autant plus important que l’hôpital dans lequel j’exerce dispose d’un maillage territorial très dense : il couvre plus de 50 structures et 33 communes sur un bassin de 1,2 millions d’habitants ;
  • Ce marché s’inscrit également dans une optique d’exemplarité dans la gestion des deniers publics puisque les véhicules des directions fonctionnelles ont été rassemblés au sein d’un « pool » d’auto-partage – l’établissement dans lequel je travaille est d’ailleurs le premier établissement de santé à avoir mis en place ce procédé innovant de réservation des véhicules avec ce prestataire – ;
  • Enfin, ce marché nous a permis de développer l’éco-responsabilité au sein de ce segment achat. En effet, nous sommes passés du diesel à l’essence, nous avons développé l’électrique, et travaillé sur l’optimisation du kilométrage de nos véhicules avec la mise en place de la télématique.